Beach Music par Pat CONROY (1995)

Me voici de retour après plusieurs mois (!!!) d’absence de la blogosphère. Mine de rien, le temps passe vite et il faut que je me remette tout doucement à flot. Une des raisons de ma « disparition » étant un futur déménagement, il me reste encore beaucoup de choses à faire et je risque donc d’avoir une présence plutôt aléatoire sur ce blog. Mais qu’importe, je suis heureuse et pour fêter ça, mon premier article de l’année sera sur Beach Music, un véritable coup de cœur. 🙂 Et maintenant, je vais pouvoir aller me promener sur vos blogs trop longtemps délaissés.

 

4ème de couverture : Installé à Rome avec sa fille Leah, Jack McCall s’est juré de ne plus revenir à Waterford (Caroline-du-Sud), que le suicide de sa femme Shylla et le procès intenté contre lui par sa belle famille l’ont poussé à quitter. Un télégramme lui annonçant l’agonie de sa mère va cependant le faire changer d’avis.

Dès son arrivée, les souvenirs affluent… Des souvenirs où les drames de chacun renvoient aux commotions de l’Histoire, de l’Holocauste à la guerre du Viêtnam, à tout un passé chaotique avec lequel Jack devra se réconcilier.

Les forêts et les marécages de Caroline-du-Sud, les plages et les parties de pêche de l’enfance entourent d’une poésie sauvage cette saga aux mille ramifications.

 

Coup de cœur !

Un grand merci à Manu qui m’a offert ce livre (elle savait ce qu’elle faisait! :-)) et un immense merci à Pat CONROY qui pour la seconde fois, m’émerveille et m’éblouit (Pat, si tu me lis… ^^).

En prenant comme point central de son roman Jack McCall, un sudiste exilé en Italie après le suicide de sa femme et en suivant comme fil conducteur son retour en Caroline du Sud à l’annonce de la leucémie de sa mère, Pat CONROY entraine son lecteur dans un récit qui aborde tout à la fois l’Holocauste, la guerre du Vietnam, les passés troubles, les relations parents-enfants, l’amour, l’amitié, la réussite ou la recherche du bonheur et qui se déroule dans des décors aussi somptueux ou effrayants que Venise, l’Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale et surtout le Sud, à la fois attirant et repoussant. En plus d’être formaté par l’éducation reçue, chaque personnage porte le poids du passé de ses parents et ce retour au pays va être l’occasion pour Jack de faire le point sur son propre passé, de l’affronter et non plus l’éviter ou l’ignorer, et cela lui permettra de ne pas reproduire le même schéma avec sa fille.

Les personnages créés par Pat CONROY sont nombreux et tous aussi complexes les uns que les autres et cela donne lieu à de multiples flashbacks éclairant certains des aspects les moins glorieux de notre histoire.

La structure narrative, par laquelle les souvenirs affluent lentement et progressivement sans pour autant laisser de temps mort, qui nous montre Jack évoluer doucement et ne laisse aucun personnage dans l’ombre, ainsi que le style somptueux et florissant m’ont énormément touchée.

J’ai été émue en particulier par l’amour/haine voué par Jordan à son père et qui, pour lui plus que pour tout autre, a décidé du reste de sa vie.

J’ai trouvé dans ces pages une infinie splendeur et le soleil du Sud qui m’a un peu réchauffée par cet hiver glacial. Superbe !

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Du bout des doigts par Sarah WATERS (2002)

4ème de couverture : Londres, 1862. A la veille de ses dix-huit ans, Sue Trinder, l’orpheline de Lant Street, le quartier des voleurs et des receleurs, se voit proposer par un élégant, surnommé Gentleman, d’escroquer une riche héritière. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre tout particulier. Enveloppée par une atmosphère saturée de mystère et de passions souterraines, Sue devra déjouer les complots les plus délicieusement cruels, afin de devenir, avec le concours de la belle demoiselle de Briar, une légende parmi les cercles interlopes de la bibliophilie érotique. Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins, Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l’Angleterre victorienne, un envers du décor où les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l’attendrait. Un roman décadent et virtuose.

 

Je viens de lire un roman tout à fait machiavélique ! 750 pages avalées en 5 longs jours ; longs parce que les « pauses » obligatoires pour aller travailler, manger ou dormir entre deux moments de lecture m’ont rarement paru aussi longues. Il me tardait même d’être au lendemain matin pour reprendre mon livre, c’est dire !

Élevée dans un repaire de voleurs et petite voleuse elle-même, Sue participe à un coup monté afin de faire main basse sur la fortune d’une jeune héritière orpheline vivant avec son oncle. Pour cela, elle se fait passer pour une femme de chambre et obtient ainsi son ticket d’entrée pour le château de Briar. Mais une fois dans la place, tout ne va pas se dérouler comme prévu.

Le récit est découpé en 3 parties et à la fin de la 1ère partie, je n’ai pu retenir un « Non ?!? » de surprise. Sarah WATERS s‘y entend pour noyer son lecteur dans une atmosphère sombre, dangereuse et parfois lugubre. Elle dépeint aussi bien les bas-fonds de Londres au XIXème siècle que la vie dans un château ou les conditions de vie dans un asile psychiatrique. Tous les lieux traversés dans ces pages paraissent aussi peu rassurants les uns que les autres et j’ai frissonné plus d’une fois devant les épreuves que Sue ou Maud, la jeune châtelaine, doivent affronter.

Un roman haletant qui fut pour moi un véritable coup de cœur !

Je remercie Yoshi73 car c’est grâce à une lecture commune que j’ai enfin pu faire sortir ce roman de ma PAL et je vais de ce pas lire son avis !

Seul le silence par Roger Jon ELLORY (2007)

4ème de couverture : Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient… Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

La blogosphère a souvent raison et la preuve en est une nouvelle fois faite avec ce premier roman traduit en français de R.J. ELLORY.

Une lecture commune pour un livre pas si commun. Y ont participé Canel, Del, Liliba et Jules.

Dès les premiers mots, le ton est donné, une ambiance de désespoir, un sentiment de solitude parmi la multitude.

« Coups de feu, comme des os se cassant.
New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.
New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.
Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.
Peut-être à cause de tous les autres bruits.
Peut-être parce que personne n’écoutait.
Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.
Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.
La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.
C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Voilà, vous avez tout le prologue. Je n’ai pas réussi à me décider à en couper. A un moment du roman, Joseph Vaughan et un de ses amis discutent des premières phrases des romans et de leur importance. En voici un bel exemple, après une telle entrée en matière, j’étais déjà totalement conquise.

Bien sur, la suite aurait pu me décevoir. Elle aurait pu, mais fort heureusement, ça n’a pas été le cas.

Joseph grandit dans une petite ville de Géorgie. Tout au long de son enfance, un tueur d’enfants sévit et la personnalité entière de Joseph va être façonnée selon la perception qu’il a de ces crimes. Il ressent un fort sentiment de culpabilité comme s’il avait pu empêcher que ces horreurs ne se produisent et cette quête du tueur va le poursuivre sa vie durant. Enfant brillant et ayant un don certain pour l’écriture, il partira à l’aube de ses 20 ans pour New York où il espère se fondre dans l’anonymat qu’offre cette mégapole et ainsi oublier peut-être la ville d’Augusta Falls et les malheurs qu’il a subis.

« Peut-être cette idée fut-elle précipitée par mes lectures, par la prise de conscience qu’il y avait un monde au-delà d’Augusta Falls, un monde où l’étroitesse d’esprit, l’amertume et le ressentiment ne compteraient pas. L’anonymat m’attirait, l’anonymat d’une grande ville pleine de vie et de gens, si riche de bruit qu’un simple visage, une simple voix, se remarqueraient à peine. Peut-être cette idée était-elle ma manière de fuir tout ce qui s’était passé »

Le récit alterne entre ce que j’appelle la voix off, c’est-à-dire les pensées et souvenirs de Joseph adulte, à ce jour et les chapitres relatant son enfance, lorsque le narrateur n’a pas encore conscience de tous les évènements qui vont se dérouler.

R.J ELLORY tient ainsi son lecteur bien accroché puisque si nous connaissons une partie du dénouement, nous mourons d’envie de savoir comment il en est arrivé là. Les pages se tournent sans effort, la plume de l’auteur m’a ravie, elle est d’une rare efficacité, gardant un rythme soutenu mais sans être heurtée malgré tout.

Une ambiance oppressante et étouffante se met en place, empreinte d’une certaine inéluctabilité, et pourtant, à l’inverse du narrateur, nous gardons espoir.

Cependant, je n’ai pas été très surprise par la découverte de l’identité du tueur d’enfants, je l’avais deviné (enfin je m’en doutais) à peu près au premier tiers du livre. Et d’ailleurs, c’est ce que j’ai aimé aussi dans ce roman, le fait que l’auteur ne nous prenne pas pour des idiots, glisse des indices sur le tueur, ce qui m’a permis de me sentir impliquée.

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que je ne pense pas à évoquer maintenant, que j’ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman. Les deux suivants étaient déjà dans la LAL, ils vont bientôt passer dans la PAL.

« Je supposais que comme je n’avais plus de larmes en moi, le ciel pleurait à ma place. »

« Avec le recul, ma vie ressemblait à une série d’incidents reliés les uns aux autres. Comme une suite de wagons de marchandises qui auraient déraillé, chacun indépendant et pourtant rattaché au suivant. L’un des wagons avait quitté les rails – peut-être la mort de mon père – et à partir de là, tout avait rapidement, résolument, suivi. J’en étais venu à croire que j’étais prisonnier de ces wagons, et que si je ne me désengageais pas, je finirais par basculer dans le vide. »

Le treizième conte par Diane SETTERFIELD (2006)

4ème de couverture : Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd’hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l’imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité…

Offert par Laetitia la liseuse à l’occasion du Victorian Christmas Swap fin 2008 (pfiou que le temps file !), on peut dire que ce titre aura séjourné un long moment dans ma PAL ! Mais mieux vaut tard que jamais car ce roman qui a suscité un tel engouement sur la blogosphère a été pour moi un véritable coup de cœur. Comment aurait-il pu ne pas l’être ?

Des récits enchâssés, des histoires de gémellité, des livres, des secrets de famille, une ambiance mystérieuse et romanesque à souhait, j’ai eu du mal à lâcher ce livre quand il le fallait. On en rigole souvent mais les dernières pages m’ont tout de même fait rater ma station de métro (avec comme conséquence d’arriver 2 minutes avant la fermeture de la garderie hum hum), et j’ai lu le dernier chapitre debout dans ma cuisine en préparant des cordons bleus (à défaut d’en être un, j’en fais cuire :-P).

Pour son premier roman, Diane SETTERFIELD maitrise parfaitement les codes des romans victoriens que son héroïne affectionne. Nous en retrouvons tous les éléments : le mystère, le climat impitoyable, la lande, la folie.Les références littéraires sont fréquentes et nombreuses, notamment à Jane Eyre et j’ai maintenant une furieuse envie de le relire…

Beaucoup d’émotion se dégage de ces pages et je recommande chaudement la lecture de ce roman aux (rares) personnes qui ne l’ont pas encore lu !

Les vies extraordinaires d’Eugène par Isabelle MONNIN (2010)

4ème de couverture : Les vies imaginaires ne sont pas toujours les plus raisonnables.

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike.

Attention, coup de cœur !

Ce roman m’a attrapée dès la phrase mise en exergue au début du roman. En lisant ces six premiers mots « Tout y sera à part toi« , l’image de Chiara Mastroianni déambulant et chantant « Parc de la Pépinière, fin de semaine, encore une heure, encore une heure à perdre » s’est imposée. Et toute la mélancolie du film Les Chansons d’Amour, un de mes films cultes, merci Christophe Honoré, merci Alex Beaupain, a imprégné le commencement de ma lecture.

Le sujet choisi par Isabelle MONNIN pour son premier roman est pour le moins éprouvant, la mort à six jours d’un nouveau-né prématuré, un nouveau-né qui n’a jamais quitté l’hôpital, jamais rencontré sa famille, mais qui a tout de même vécu six jours (et non une fausse couche comme on peut le lire à certain endroit dans le roman). Mais elle le traite de manière délicate et sensible.

Le narrateur, « je », n’a pas de prénom (il semble que la mode cette année soit à l’anonymat des protagonistes principaux). C’est au travers de ses écrits que nous partageons cette année de deuil, pour lui et pour « elle », sa femme qui a arrêté de parler à la mort du petit, « S’il n’y a rien à dire de plus, alors je ne parlerai plus », et qui a adopté la technique du carnet découverte dans le très fort Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer.

Pour parler encore avec « elle » de leur fils Eugène et espérant lui rendre ainsi la parole, « je » va mener une enquête basée sur des statistiques et tenter de bâtir de cette manière ce qu’aurait pu être la vie d’Eugène. En parallèle, durant cette année, il va devoir affronter le désarroi de ses proches, la quasi-indifférence de certains d’entre eux, le chagrin et le mutisme d’« elle », le spectacle de la vie qui continue pour les autres.

Isabelle MONNIN nous plonge au cœur même de la tête de cet homme brisé et si la tristesse est omniprésente, elle n’est pas non plus plombante. J’ai beaucoup aimé l’écriture simple et sincère, touchante et je me suis totalement retrouvée dans la culture évoquée tout au long du roman, les livres, les films, les pubs, les habitudes des parents…

A tous ceux qui n’ont pas peur de lire un texte émouvant sur ce sujet si délicat qu’est la perte d’un bébé, je conseillerais de se munir de mouchoirs et de traverser à leur tour Les vies extraordinaires d’Eugène.

Et je termine sur un extrait de Au ciel, une phrase à laquelle Isabelle MONNIN n’a pas pu ne pas penser en mentionnant cette chanson dans son roman.

« J’espère qu’au Ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel »

Au ciel – Alex Beaupain

Ce livre m’a été prêté par Calypso, qui l’a beaucoup apprécié elle aussi. Un grand merci pour le prêt. Elle propose d’ailleurs d’en faire un livre voyageur si le cœur vous en dit.

« Le gars qui a conçu le logiciel de vérification de l’orthographe ne connait pas le cimetière. »

« …dans la famille, notre problème, c’est qu’on ne sait pas gagner. »

« Mais nous ne sommes pas dans un livre, dira-t-elle. »

Blonde par Joyce Carol OATES (2000)

4ème de couverture : « Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l’intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n’entend que les vibrations ronronnantes de l’air conditionné. Ou bien… est-ce qu’elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c’est une hacienda de plain-pied ; murs en fausses briques, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d’une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte.

De la main de la Mort, j’acceptai ce cadeau. Je savais ce que c’était, je crois. Et de la part de qui c’était. En voyant le nom et l’adresse, j’ai ri et j’ai signé sans hésiter. »

Attention Coup de cœur !

Moi qui ne suis pas d’un tempérament groupie et qui jusqu’à ce roman, ne savais de Marilyn Monroe que l’essentiel (à savoir que c’était une starlette devenue star, qu’elle avait éventuellement couché avec JFK et qu’elle ne s’était peut-être pas suicidée…), j’ai été totalement envoûtée par ce roman. Pendant les 10 jours où il m’a accompagnée (976 pages tout de même), j’ai vécu avec Norma Jeane Baker. Il m’est même arrivé de m’endormir en pensant à elle.

Au tout début du livre, il est précisé : « Blonde est une œuvre de fiction. Si la plupart des personnages de ce livre présentent quelques ressemblances avec les proches et les contemporains de Marilyn, leur description et les évènements rapportés sont entièrement le fruit de l’imagination de l’auteur. Il faut donc lire Blonde comme un roman et non comme une biographie de Marilyn Monroe. ».

Et c’est bien ainsi que je l’ai pris, comme un roman, brodé autour et à partir de faits réels et avérés, et extrêmement bien servi par la plume talentueuse de Joyce Carol Oates que j’admire de plus en plus.

D’ailleurs, cette dernière ne nomme que très rarement les personnages secondaires de son roman. Du moins, à partir du moment où ils présentent une importance dans la vie de Norma Jeane, ils sont désignés par leur qualité première : Norma Jeane est la plupart du temps « l’Actrice blonde », et traversent sa vie « le Dramaturge », « l’Ex-Sportif » ou encore « le Président »… Tout cela contribue à une ambiance un peu vaporeuse, comme dans un rêve de cinéma.

Norma Jeane, telle qu’elle nous est présentée ici, est terriblement attachante, à la fois fragile et déterminée, cantonnée à des rôles de poupée blonde mais nourrissant des ambitions de théâtre et écrivant des poèmes.

Marilyn Monroe n’est pas seulement le nom de scène de Norma Jeane Baker, c’est aussi et surtout le personnage créé par Le Studio et dont raffole le public. « Marilyn Monroe était un robot créé par le Studio. Fichtrement dommage qu’on n’ait pas pu le breveter. »

Et ce personnage, ajouté à une évidente fragilité psychologique dès le début de sa vie, finira par la tuer.

« Je connaitrais mon existence et la valeur de cette existence par les yeux des autres »

« L’actrice Blonde » ne joue pas ses rôles, elle les incarne. « Car jouer, c’est résoudre une succession d’énigmes dont aucune ne peut élucider les autres. Car l’acteur est une succession de moi maintenus ensemble par la promesse que sur scène toute perte peut être réparée. » Et une fois ancrés en elle, ces différents personnages prennent le pas sur sa véritable personnalité.

Norma Jeane souffrira toute sa vie de ne pas être reconnue pour ce qu’elle était vraiment mais que seule « la bombe sexuelle Marilyn » soit connue. « Souvent l’étrange sens de l’humour de Norma Jeane étonnait les hommes, ils ne s’y attendaient pas de la part de « Marilyn » , une adorable idiote ayant l’intelligence d’une enfant de onze ans moyennement précoce. C’était en effet un sens de l’humour ressemblant au leur. Caustique et dissonant, comme de mordre dans un chou à la crème et d’y découvrir du verre pilé. »

On se sent forcément en empathie avec cette femme malheureuse, qui n’a jamais trouvé sa place ni dans le domaine professionnel à cause de son image de blonde écervelée -qui lui a valu ses premiers succès mais dont elle n’a jamais pu se défaire- ni dans le domaine amoureux car les hommes ne voient pas la vraie Norma Jeane. De plus, ayant grandi à l’orphelinat puis en famille d’accueil, elle n’a pas de famille proche ou d’amis la connaissant bien et auprès desquels elles pourrait chercher du soutien. Elle est définitivement seule et perdue malgré sa gloire et sa notoriété.

J’ai adoré découvrir cette femme charismatique accompagnée de la plume de Joyce Carol Oates et si vous n’avez pas peur des pavés, je vous recommande chaudement ce roman.

« Cette femme sur l’affiche n’est pas moi. Mais elle est ce que j’ai créé. Je mérite mon bonheur. »

Le Prince des Marées par Pat CONROY (1986) – Import ancien blog

4ème de couverture : Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l’âge adulte. Parce qu’ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d’art, d’exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l’amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

Entre l’émotion et la vivifiante intelligence, « Le Prince des Marées » est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le cœur, un de ceux que l’on n’oublie jamais.

3ème livre du défi Blog-o-trésors et 2nd coup de cœur dans le cadre de ce challenge. Décidément, ce n’est pas pour rien que ce titre figurait dans la liste et qu’il est encensé par la blogosphère.

Cette lecture était une lecture commune avec Mango et j’espère qu’elle est aussi conquise que je l’ai été (à voir sous peu puisque Mango était elle aussi en retard pour cette lecture commune, et bien oui, pas facile de tenir des engagements de lecture, de publication de billets en période de fêtes… ).

Voici un roman noir, très noir mais paradoxalement l’amour y est toujours très présent.

Tom, Luke et Savannah naissent en Caroline du Sud dans la famille Wingo, « que le destin a mille fois éprouvée et laissée sans défense, humiliée, déshonorée ». A l’approche de la quarantaine, la énième tentative de suicide de Savannah sera l’occasion pour Tom, sous couvert d’aider la psy de sa sœur à mieux la comprendre, de revenir sur une enfance qui n’a pas été aussi idyllique que le présente la 4ème de couverture.

Suivant le déroulement de ses souvenirs, Tom revient sur les facteurs qui ont influencé leur épanouissement au point de faire de Savannah « une poétesse doublée d’une psychotique », de lui un homme fuyant « cette tranche amère et monstrueuse d’américanité qu’était l’échec de [sa] vie » et de Luke « le prince des marées ».

L’ambition de leur mère qui « désirait être une femme avec qui l’on doit compter, une femme qui tient les premiers rôles », le passé de leur père, « son enfance avait été un désastre licite de négligence », et jusqu’au simple fait d’avoir grandi dans le Sud, « la vie sudiste est une condamnation à mort », ont contribué à cette destinée qui apparait au fil des pages comme étant inexorable.

Des personnages d’une profondeur rare, extrêmement fouillés, un récit sans temps mort malgré le millier de pages écrites, une émotion latente à chaque page, à chaque phrase –ainsi que malgré tout un très bel hommage au Sud, « le Sud exige trop de renoncement à ce que l’on est vraiment pour envisager d’y vivre »– ; il n’en fallait pas plus pour que je tombe sous le charme de ce roman dont j’ai relu plusieurs fois le dernier chapitre (signe qui ne trompe pas) et qui m’a hantée pendant plusieurs jours après l’avoir refermé.

« Un kyste gênant s’était greffé aux vies américaines que nous menions, une harmonie complexe qui serait sollicitée le jour où le monde perdrait le contrôle de sa propre course et où les étoiles s’aligneraient en fabuleuses formes bestiales, conspireraient pour prendre ma famille au piège des eaux tranquilles de notre fleuve et nous découperaient en morceaux pour servir d’appâts. »