Blonde par Joyce Carol OATES (2000)

4ème de couverture : « Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l’intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n’entend que les vibrations ronronnantes de l’air conditionné. Ou bien… est-ce qu’elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c’est une hacienda de plain-pied ; murs en fausses briques, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d’une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte.

De la main de la Mort, j’acceptai ce cadeau. Je savais ce que c’était, je crois. Et de la part de qui c’était. En voyant le nom et l’adresse, j’ai ri et j’ai signé sans hésiter. »

Attention Coup de cœur !

Moi qui ne suis pas d’un tempérament groupie et qui jusqu’à ce roman, ne savais de Marilyn Monroe que l’essentiel (à savoir que c’était une starlette devenue star, qu’elle avait éventuellement couché avec JFK et qu’elle ne s’était peut-être pas suicidée…), j’ai été totalement envoûtée par ce roman. Pendant les 10 jours où il m’a accompagnée (976 pages tout de même), j’ai vécu avec Norma Jeane Baker. Il m’est même arrivé de m’endormir en pensant à elle.

Au tout début du livre, il est précisé : « Blonde est une œuvre de fiction. Si la plupart des personnages de ce livre présentent quelques ressemblances avec les proches et les contemporains de Marilyn, leur description et les évènements rapportés sont entièrement le fruit de l’imagination de l’auteur. Il faut donc lire Blonde comme un roman et non comme une biographie de Marilyn Monroe. ».

Et c’est bien ainsi que je l’ai pris, comme un roman, brodé autour et à partir de faits réels et avérés, et extrêmement bien servi par la plume talentueuse de Joyce Carol Oates que j’admire de plus en plus.

D’ailleurs, cette dernière ne nomme que très rarement les personnages secondaires de son roman. Du moins, à partir du moment où ils présentent une importance dans la vie de Norma Jeane, ils sont désignés par leur qualité première : Norma Jeane est la plupart du temps « l’Actrice blonde », et traversent sa vie « le Dramaturge », « l’Ex-Sportif » ou encore « le Président »… Tout cela contribue à une ambiance un peu vaporeuse, comme dans un rêve de cinéma.

Norma Jeane, telle qu’elle nous est présentée ici, est terriblement attachante, à la fois fragile et déterminée, cantonnée à des rôles de poupée blonde mais nourrissant des ambitions de théâtre et écrivant des poèmes.

Marilyn Monroe n’est pas seulement le nom de scène de Norma Jeane Baker, c’est aussi et surtout le personnage créé par Le Studio et dont raffole le public. « Marilyn Monroe était un robot créé par le Studio. Fichtrement dommage qu’on n’ait pas pu le breveter. »

Et ce personnage, ajouté à une évidente fragilité psychologique dès le début de sa vie, finira par la tuer.

« Je connaitrais mon existence et la valeur de cette existence par les yeux des autres »

« L’actrice Blonde » ne joue pas ses rôles, elle les incarne. « Car jouer, c’est résoudre une succession d’énigmes dont aucune ne peut élucider les autres. Car l’acteur est une succession de moi maintenus ensemble par la promesse que sur scène toute perte peut être réparée. » Et une fois ancrés en elle, ces différents personnages prennent le pas sur sa véritable personnalité.

Norma Jeane souffrira toute sa vie de ne pas être reconnue pour ce qu’elle était vraiment mais que seule « la bombe sexuelle Marilyn » soit connue. « Souvent l’étrange sens de l’humour de Norma Jeane étonnait les hommes, ils ne s’y attendaient pas de la part de « Marilyn » , une adorable idiote ayant l’intelligence d’une enfant de onze ans moyennement précoce. C’était en effet un sens de l’humour ressemblant au leur. Caustique et dissonant, comme de mordre dans un chou à la crème et d’y découvrir du verre pilé. »

On se sent forcément en empathie avec cette femme malheureuse, qui n’a jamais trouvé sa place ni dans le domaine professionnel à cause de son image de blonde écervelée -qui lui a valu ses premiers succès mais dont elle n’a jamais pu se défaire- ni dans le domaine amoureux car les hommes ne voient pas la vraie Norma Jeane. De plus, ayant grandi à l’orphelinat puis en famille d’accueil, elle n’a pas de famille proche ou d’amis la connaissant bien et auprès desquels elles pourrait chercher du soutien. Elle est définitivement seule et perdue malgré sa gloire et sa notoriété.

J’ai adoré découvrir cette femme charismatique accompagnée de la plume de Joyce Carol Oates et si vous n’avez pas peur des pavés, je vous recommande chaudement ce roman.

« Cette femme sur l’affiche n’est pas moi. Mais elle est ce que j’ai créé. Je mérite mon bonheur. »

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50 commentaires sur “Blonde par Joyce Carol OATES (2000)

  1. Concernant Marilyn Monroe , j’ai l’image de la femme pulpeuse et fatale.
    Mais ce livre me semble intéressant et en plus, c’est de Mdame Oates! Raison de plus pour le lire …

    1. Oui c’est certain ! C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée vers ce livre car je ne savais vraiment rien de Marilyn Monroe… Et maintenant, j’ai vraiment envie d’en savoir plus.

  2. Bien évidemment, j’avais déjà envie de le lire mais maintenant je suis sûre que j’aimerais 😉 (cela dit, est-ce que j’en doutais ? )
    Haaaaaaan tu m’as trop trop donné envie !!!! (mais bon, j’en ai déjà plusieurs de la dame à lire avant)

    1. Hihi moi aussi j’ai encore Les Chutes dans ma PAL (oui j’ai honte…). Mais celui-ci me faisait de l’œil depuis trop longtemps à la bibliothèque avec sa couverture rose (et oui tous les prétextes sont bons pour prendre un livre ;-)).

  3. envie de lire Oates mais malgré ton billet enthousiaste, la vie de la starlette ne m’attire pas plus que ça…
    Heureusement que Cynthia m’a offert délicieuses pourritures et premier amour ! 🙂

    1. Moi non plus, je n’étais pas attirée par la vie de la starlette. Mais dans ce livre, la vision de cette femme est vraiment magnifiée. 🙂
      J’avais beaucoup aimé Délicieuses pourritures, j’espère qu’avec l’un ou l’autre de ces 2 livres, tu seras séduite !

  4. Toujours pas lu JCO, MAIS je viens d’emprunter « Délicieuses pourritures » à la bib, il y a donc un espoir ! Si je suis charmée, je verrai pour les 976 pages…

  5. Tu le sais peut être, je suis de moins ne moins tentée par JCO (pas réussi à décoller Fille noire, fille blanche), mais le livre dont je parlais hier présentait aussi « Marie Motro » comme marquée par son enfance, pas trop sure d’elle, et excellente actrice et pas idiote du tout!

    1. Oui j’ai vu ça dans tes commentaires hier. Ce roman a déclenché chez moi une véritable curiosité pour Marie Modro ;-). Du coup, je m’intéresse à des livres comme celui sur Certains l’aiment chaud, qui auparavant n’auraient jamais retenu mon attention. Et je vais peut-être me mettre en recherche également d’une biographie officielle de ladite dame.

  6. C’est bizarre mais j’ai lu tant d’articles par-ci par-là sur MM que j’ai l’impression de ne plus avoir grand chose à apprendre sur sa vie, mais bien sûr, c’est une fausse impression et ton billet me donne bien envie de lire ce livre malgré le nombre de pages!

    1. Pour moi, c’est l’inverse, comme je ne me suis jamais intéressée à elle (mais alors pas du tout), ça a été une entière découverte et je me suis vraiment régalée ! Mais il est certain que la plume de Joyce Carol Oates y est en grande partie pour quelque chose !

  7. Celui-là figure sur ma LAL et ne demande qu’à figurer dans ma PAL car le sujet m’intéresse grandement et la plume de Oates, j’espère bien la côtoyer sous peu 🙂

  8. Fan inconditionnelle de JCO, il est bien évidemment(comme près de la 1/2 de son oeuvre…) sur ma PAL depuis longtemps… Ton billet m’incite à le faire monter tout en haut! 🙂

  9. Je l’avais aperçu chez un bouquiniste et j’avais hésité (faut dire que près de 1000 pages sur Marilyn, ça m’effraie un peu…) Finalement j’en ai choisi 2 autres pour le challenge de George (ah ben c’est vrai la miss Choco l’a déjà dit^^)

    1. Des challenges, encore des challenges, toujours des challenges !!! 😉 On ne sait jamais, si ça se trouve, tu vas tellement adorer les 2 que tu as choisis qu’il te faudra ABSOLUMENT lire celui-ci ! 😀

  10. j’ai ce roman dans ma PAL depuis mon swap ‘éternel féminin’. Vu le pavé que c’est, je pense que je lirais lors de grandes vacances mais pour l’instant, c’est pas prévu dans mon planning !

  11. Voilà un roman qui me fait les yeux doux à chaque fois que je fais un tour à la bibliothèque. Pour l’instant, j’ai résisté à cause des 976 pages! Mais dès que ma PAL sera un peu plus raisonnable, je me lance!

  12. ah marilyn quelle adorable femme j’ai déjà entendu parler de ce livre là . je vais le lire certainement quand il va me tomber sous la main. marilyn méconnue. tout le monde la prenait pour une nymphomane, une idiote, qu’elle dommage que bien souvent des personnes pensent encorecelà d’elle. heuruesmeent quelques écrivains rétablissent la vérité sur ce mythe

    1. Effectivement, ce que j’ai lu est bien loin du peu que je croyais savoir au sujet de Marylin Monroe. Et ça m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur elle.

  13. Malgré mes deux échecs avec JCO je voudrais essayer de la découvrir sous un autre jour ! Et j’avais repéré ce roman biographique sur Marilyn Monroe … Les 974 pages ne me font pas peur, mais surtout son écriture que je n’ai pas trop apprécié à l’époque ! Mais tu en dis du bien et je pense que c’est un roman qui pourrait fortement me plaire.

    1. Quels romans t’ont fait reculer ? Je n’en ai pas lu énormément sur tous ceux qu’elle a écrits mais c’est vrai qu’elle a un style particulier. Sur celui-ci, le style varie parfois selon les chapitres, un peu comme si JCO s’adaptait aux phases d’humeur de Marilyn… Si tu le tentes, je surveillerai ton avis.

    1. Oui je sais, je donne l’impression d’être monomaniaque… 😉 Mais si les billets sont rapprochées, les lectures étaient plus distantes.

  14. coucou cécilou! CA Y EST JE L’AI RECU A MIDI !!!!!! mais quoi donc??? cette fiction bien sûre »blonde » en livre de poche 1110 pages sans la table des matières lol un pavé quand même. donc j’ai commencé à le lire quand je suis rentrée du boulot en même temps qu’un livre sur george sand Je suis repartie dans une phase frénétique de lecture depuis la sortie de l’hiver. tellement prise là dedans, que le net passe après.
    Quand je vais l’avoir finit, (peut être plus de 10 jours pour moi lol) je reviendrais te dire ce que j’en pense. par contre cet écrivain m’est inconnue. je vais aller voir sur ton blog les autres livres d’elle(au début au nom j’ai cru que c’était un mec l’écrivain !)LOl bonne soirée chère Cécile. je viens de parcourir ton blog mais j’avoue que je ne connais pas du tout les livres dont tu parles. d’où mon manque de comms et je m’en excuse prés de toi. Amitiés

    1. Coucou Noisette !
      C’est toujours un plaisir pour moi de te lire ici ! J’espère que Blonde va te plaire, j’ai vraiment adoré ! Comme diraient les filles : « vite que tu aies fini » pour que tu me dises ce que tu en as pensé !
      Bon dimanche Noisette et à bientôt. Bizzz

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