Après l’enfance par Julie DOUARD (2010)

4ème de couverture : « Si c’est au patron de ma mère que je dois la vie, c’est à son mari que je dois de ne pas avoir perdu celle-ci. Sans ce bouclier qui la protégeait de la honte, ma mère, qui aimait que les choses soient nettes, aurait probablement choisi de ne pas se laisser envahir. Mais le mariage et deux grands enfants nés avant moi la convainquirent qu’il ne s’agissait que d’agrandir la famille. Officiellement, je naquis en avance d’un petit mois sur le calendrier des prévisions gynécologiques. Par chance, j’héritai des yeux de ma mère et ne souffris aucune critique. J’étais le plus beau des trois d’après la nourrice qu’on m’infligea et qui, la pauvre, ne devait jamais se remettre de m’avoir trop caressé. »

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike.

Découverte assez enchanteresse que ce premier roman de Julie DOUARD.

Au travers de nombreux et courts chapitres et après quelques pages relatant son enfance et donnant le ton, celle-ci nous plonge en plein dans l’adolescence de son héros, l’année de ses 16 ans en particulier. Cette année, celle de sa 1ère sera riche en émotions qui feront grandir notre narrateur et le sortira ainsi de l’enfance, d’où le titre.

Tout d’abord, l’adolescent, dont nous ne connaitrons pas le nom, va apprendre de manière assez brutale, à la mort de son père, que celui-ci n’était en réalité pas son père biologique et qu’il a lui-même toujours ignoré ce fait.

Ceci explique peut-être la sensibilité et l’intelligence du narrateur au milieu d’une famille quelque peu « timbrée » : une sœur légèrement sadique et violente qui terminera matonne car sa mère pense qu’au milieu de détenues, elle lui paraitra plus digne d’amour et de tendresse, un frère obèse malheureux en France qui s’enfuie en Belgique et y trouve l’amour avec la marchande de frites, une mère qui découvre le monde de la nuit et des discothèques après la mort de son époux…

Cette année va également être celle où le héros du livre va découvrir le théâtre (activité choisie au départ car c’est l’endroit idéal pour draguer) et tomber amoureux de Rose, une camarade de classe loin des préoccupations futiles habituelles des adolescents et qui ne montre aucun intérêt pour lui ; au contraire de la prof de théâtre qui va lui faire un rentre-dedans très peu subtil. Pour séduire Rose, le narrateur va adopter toutes sortes de tactiques toutes aussi surprenantes et touchantes de naïveté les unes que les autres.

Les personnages, présentés par l’éditeur comme côtoyant l’univers d’Affreux sales et méchants, sont en effet assez loufoques, parfois bêtes et forment un contraste saisissant avec le narrateur qui étonne presque par sa normalité.

Un livre touchant, une vraie touche d’originalité, une jolie réussite pour un premier roman.

« Il l’avait tellement attendu qu’il avait fini par cesser de l’attendre. »

Le froid modifie la trajectoire des poissons par Pierre SZALOWSKI (2007)

4ème de couverture : 4 janvier 1998. Un garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel de l’aider. Le lendemain débute la plus grande tempête de verglas que le Québec ait jamais connue. Ce déluge de glace n’empêche pas son père de quitter la maison. Mais les choses se présentent différemment pour ses voisins, car des événements incroyables ou anodins vont faire peu à peu basculer leurs vies. Julie, danseuse en mal d’amour, accueille chez elle Boris, scientifique égocentrique, qui ne vit que pour ses expériences sur les poissons ; Michel et Simon, les deux « frères » si discrets, qu’on ne voit jamais ensemble, ouvrent leur porte à Alexis, leur voisin homophobe. Face à l’adversité, des liens se créent ; face au froid, l’entraide, la solidarité et l’altruisme enflamment les cœurs. Le Grand Verglas va progressivement changer la vie de tous les habitants de cette rue… pour le meilleur.

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike.
Comme je l’ai lu à plusieurs endroits de la blogosphère, ce roman est une véritable bouffée de fraicheur. L’histoire qui nous est racontée, qui pourrait se passer « nulle part et partout », est celle d’un petit garçon, dont nous ne connaitrons pas le prénom, dont les parents décident de divorcer. Juste après qu’ils lui en ont fait l’annonce, une tempête de verglas s’abat sur la ville.
« Le froid modifie la trajectoire des poissons » mais également ici le comportement humain. La solidarité, l’entraide et les retrouvailles vont alors être les valeurs mises à l’honneur.
J’ai aimé la construction du roman, chapitres courts, rythmés par les prévisions météorologiques, le titre des chapitres correspondants à la dernière phrase desdits chapitres et surtout, surtout le parler québécois ! Toutes ces expressions sont à mes yeux tellement fraiches, tellement pimpantes à mes oreilles que toutes les conversations m’ont paru extrêmement vivantes et sincères.
Cependant, oui car il y a un petit bémol, si la forme m’a totalement séduite, le fond m’a laissé plutôt dubitative. J’ai ressenti un manque cruel de nuances dans la psychologie des personnages (ma lecture précédente était Guerre et Paix, ceci explique peut-être cela :-)) et je les ai trouvés plutôt « clichés » : la strip-teaseuse au grand cœur, le savant limite autiste, l’ex-musicien moitié alcoolo, moitié épave, et j’en passe…
Quant au déroulement de ces jours de verglas, si je conçois parfaitement qu’une catastrophe naturelle puisse générer une grande solidarité, je ne pense pas que tout un immeuble puisse changer du tout au tout en quelques jours et que ce changement soit durable. Tout ça m’a paru vraiment trop gros et cousu de fil blanc et les ficelles de l’émotion sont parfois plutôt des poutres…
Mais au final, c’est plein de bons sentiments, souvent de jolis mots, ça donne envie de sourire, bref ça atteint son but de roman-fraicheur.