Les vies extraordinaires d’Eugène par Isabelle MONNIN (2010)

4ème de couverture : Les vies imaginaires ne sont pas toujours les plus raisonnables.

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un partenariat avec Chroniquesdelarentreelitteraire.com et Ulike.

Attention, coup de cœur !

Ce roman m’a attrapée dès la phrase mise en exergue au début du roman. En lisant ces six premiers mots « Tout y sera à part toi« , l’image de Chiara Mastroianni déambulant et chantant « Parc de la Pépinière, fin de semaine, encore une heure, encore une heure à perdre » s’est imposée. Et toute la mélancolie du film Les Chansons d’Amour, un de mes films cultes, merci Christophe Honoré, merci Alex Beaupain, a imprégné le commencement de ma lecture.

Le sujet choisi par Isabelle MONNIN pour son premier roman est pour le moins éprouvant, la mort à six jours d’un nouveau-né prématuré, un nouveau-né qui n’a jamais quitté l’hôpital, jamais rencontré sa famille, mais qui a tout de même vécu six jours (et non une fausse couche comme on peut le lire à certain endroit dans le roman). Mais elle le traite de manière délicate et sensible.

Le narrateur, « je », n’a pas de prénom (il semble que la mode cette année soit à l’anonymat des protagonistes principaux). C’est au travers de ses écrits que nous partageons cette année de deuil, pour lui et pour « elle », sa femme qui a arrêté de parler à la mort du petit, « S’il n’y a rien à dire de plus, alors je ne parlerai plus », et qui a adopté la technique du carnet découverte dans le très fort Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer.

Pour parler encore avec « elle » de leur fils Eugène et espérant lui rendre ainsi la parole, « je » va mener une enquête basée sur des statistiques et tenter de bâtir de cette manière ce qu’aurait pu être la vie d’Eugène. En parallèle, durant cette année, il va devoir affronter le désarroi de ses proches, la quasi-indifférence de certains d’entre eux, le chagrin et le mutisme d’« elle », le spectacle de la vie qui continue pour les autres.

Isabelle MONNIN nous plonge au cœur même de la tête de cet homme brisé et si la tristesse est omniprésente, elle n’est pas non plus plombante. J’ai beaucoup aimé l’écriture simple et sincère, touchante et je me suis totalement retrouvée dans la culture évoquée tout au long du roman, les livres, les films, les pubs, les habitudes des parents…

A tous ceux qui n’ont pas peur de lire un texte émouvant sur ce sujet si délicat qu’est la perte d’un bébé, je conseillerais de se munir de mouchoirs et de traverser à leur tour Les vies extraordinaires d’Eugène.

Et je termine sur un extrait de Au ciel, une phrase à laquelle Isabelle MONNIN n’a pas pu ne pas penser en mentionnant cette chanson dans son roman.

« J’espère qu’au Ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel »

Au ciel – Alex Beaupain

Ce livre m’a été prêté par Calypso, qui l’a beaucoup apprécié elle aussi. Un grand merci pour le prêt. Elle propose d’ailleurs d’en faire un livre voyageur si le cœur vous en dit.

« Le gars qui a conçu le logiciel de vérification de l’orthographe ne connait pas le cimetière. »

« …dans la famille, notre problème, c’est qu’on ne sait pas gagner. »

« Mais nous ne sommes pas dans un livre, dira-t-elle. »

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44 commentaires sur “Les vies extraordinaires d’Eugène par Isabelle MONNIN (2010)

  1. La mort d’un bébé, ça ne va pas faire mon affaire… Je crois que je vais chercher ailleurs mon bonheur en cette rentrée littéraire…

    1. Oui je te comprends bien. D’ailleurs habituellement, ce n’est pas le genre d’histoire qui m’attire mais là, ça me paraissait tourné différemment et je ne regrette pas de l’avoir lu (même si j’ai bien pleuré).

  2. Je rentre de la librairie où j’ai choisi justement ce livre-ci parmi les premiers romans exposés et parce que je ne trouvais pas celui que je cherchais! Je n’en avais jamais entendu parler et voilà que je découvre ton billet et tu m’apprends que c’est un coup de cœur pour toi! Ouf! Me voilà rassurée! Je n’ai donc pas fait un si mauvais choix que ça, rien qu’en lisant la première page! Le style très direct m’a plu! Je reviendrai lire ton billet plus à fond quand je l’aurai fini!

  3. Arg je l’ai vu, je l’ai soulevé, j’ai hésité mais je n’ai pas osé… Maintenant je regrette, je suis sure qu’il m’aurait plu malgré la difficulté et la tristesse du sujet. Je n’ai plus qu’à retourner à la librairie !

    1. C’est vrai que ce n’est pas toujours évident d’apprécier un livre qui parle de choses aussi tristes et d’ailleurs, j’ai eu le même doute que toi au départ.

  4. C’est le deuxième billet coup de coeur sur ce livre. Ajouté aux conseils du Masque et la Plume et au thème, ce roman devient LE roman que je veux lire en cette rentrée. Mais je ne peux pas l’emprunter comme livre voyaguer car j’ai peur de l’aimer tant que je ne pourrai le rendre.

    1. Je te comprends tout à fait, j’ai été horriblement frustrée de savoir que je devais le rendre. 😦 Je pense que je me l’achèterai quand il sortira en poche.

  5. Je ne dois pas te dire que ce n’est pas vraiment le genre de livres qui me tente ? 😉
    Ouf, un des premiers billets que je lis dans mon GR qui explose et je ne dois pas le noter 🙂

  6. Il était proposé par BOB aujourd’hui, je me suis inscrite mais comme d’habitude, pas de bonne heure. S’il n’est pas proposé dans l’opération Masse critique demain, c’est sûr, je cours me l’acheter.

    1. C’est sur que c’est assez particulier comme jeu de rôle : « et si on faisait comme si notre enfant n’était pas mort… ». Mais je comprends la nécessité de ne pas faire une croix sur ce bébé que personne d’autre qu’eux n’a connu (à part le personnel hospitalier) et qui ne subsistera donc dans aucune mémoire. Cela dit, c’est quand même un texte très triste, ces parents remuent le couteau dans la plaie sans arrêt.

  7. Attention, je ne fais absolument pas partie de ces gens qui prétendent qu’avant un certain âge, les bébés n’ont pas d’âme, etc
    Mais c’est vrai que cette histoire me semble être un pari un peu fou, un peu comme ces histoires de vieilles dames qui continuent à mettre la table pour leurs maris des années après leur mort et continuent de leur parler.
    Ca me fiche la chair de poule, c’est pour cette raison que je préfère éviter…

    1. Ne t’inquiète pas, ce n’est pas ce que j’ai pensé. 🙂 Je suis bien d’accord que la réaction de ce couple est morbide et me mettrait mal à l’aise si mes proches réagissaient ainsi. Je la comprends dans le sens où je me pose souvent la question de savoir ce que deviennent les personnes disparues lorsque plus personne n’est là pour se souvenir d’eux, je trouve ça terrible à envisager mais en même temps qui se souvient de ses ancêtres sur 10 générations ? ^^ C’est la vie, ma pov’ Lucette !
      Sinon, pour en revenir au roman, la présentation m’a intriguée sur la liste Ulike mais en librairie, avec plein d’autres livres autour, je ne suis pas certaine que je l’aurais choisi. Alors je comprends tout à fait qu’on ne veuille pas le lire, on n’est pas masochistes non plus hein !!! 😉 (d’ailleurs je n’ai jamais vu La vie est belle de Benigni de peur de trop pleurer ^^)

        1. Je vais devoir te demander l’autorisation de reprendre ta phrase à mon compte. Tu viens de résumer exactement ce que je pense. Et d’ailleurs, c’est un peu effrayant parfois quand je m’aperçois que le souvenir de personnes qui me sont chères n’est pas forcément le même pour tout le monde. Je voudrais que le monde entier regrette mes disparus. ^^

          1. Reprends, reprends !
            Oui effrayant… Tu peux aussi te dire que je suis si peu importante pour les gens que je ne ferais pas long feu dans leur esprit…
            oui c’est mon côté joie de vivre qui ressort ^^

  8. Malgré le sujet triste, c’est l’un des livres de la rentrée littéraire qui me tente le plus. Je ne l’ai pas encore vu en librairie ici (bon, par contre, j’essaie de les éviter, hein!!!) mais un jour, peut-être!

  9. @Choco : Effectivement, c’est d’une grande gaieté tout ça ! ^^ En même temps, ça colle avec l’ambiance du livre. Sinon, par rapport à ce que tu dis, ceux qui comptent pour toi garderont forcément ton souvenir mais la où je psychote, c’est quand ils disparaissent, tu disparais une 2nde fois… Tu veux qu’on partage une corde ? 😀

    1. Oui mais tes proches auront parlé de toi à leurs proches, les souvenirs avec toi, des histoires de grand-mère etc, tu vois le genre. Il reste les photos, des objets qui t’auront appartenus, tes livres ! 😉
      Je t’accorde qu’au bout de plusieurs générations, ça s’estompe mais au final, pour ma part, ça m’importe moins.
      En tout cas, je ne te connaissais pas ce côté pessimiste. 🙂

      1. Je dirais plus fataliste que pessimiste. Je m’aperçois que les souvenirs s’estompent très (trop) vite. Pas facile de s’étaler sur le sujet par écrit en fait mais ça a surement un rapport avec mon côté nostalgique. 🙂 Pas avec le côté chouineuse, ça c’est les gènes, rien à y faire ! 😀

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