La sorcière de Salem par Elizabeth GASKELL (1861)

Présentation de l’oeuvre par l’éditeur : La sorcière de Salem (Loïs, the witch) est la description de la paranoïa implacable d’une petite ville. Nous sommes en 1691 et Loïs Barclay arrive à Salem pour rejoindre un oncle — elle vient de perdre sa mère et son père et a donc quitté son Angleterre natale. Elle se retrouve seule et isolée dans cette Nouvelle-Angleterre où va avoir lieu l’un des épisodes les plus tragiques de la toute jeune Amérique, celui des Sorcières de Salem, qui marquera pour longtemps la conscience collective.
En s’appuyant sur des faits historiques, comptes rendus des procès et suites de l’affaire, Elizabeth Gaskell parvient à rendre magistralement la montée du péril, l’atmosphère de délation et de haine, la folie collective qui vont broyer à jamais des êtres de chair et de sang.
Il est permis de penser que le destin de Loïs Barclay nous touche d’autant plus qu’Elizabeth Gaskell a mis beaucoup d’elle-même dans ce personnage d’orpheline perdue dans un milieu hostile. Son sens de la justice et de la responsabilité va de pair avec sa faculté de communiquer l’émotion face à l’innocence bafouée et à la folie des hommes.

Voici le maillon de la Chaîne des Livres choisi par Isil.
J’avais très envie de découvrir Elizabeth GASKELL et j’avais noté à plusieurs reprises le titre Femmes et Filles. Mais là, avec un court roman qui de toute façon, allait arriver chez moi, l’occasion était toute trouvée !
Et bien sur, j’ai beaucoup aimé ! Bon juste après Tess d’Urberville, ça fait un peu beaucoup à la suite de jeunes femmes au destin tragique mais qu’importe…
Déjà la qualité de l’édition, un régal ! Les feuilles plus carrées que rectangulaires, la découpe savamment irrégulière, la reliure cousue, magnifique j’adore. Je l’ai lu chez moi pour ne pas avoir à la transporter dans mon sac et prendre ainsi le risque de l’abimer.
Elizabeth GASKELL arrive à dépeindre une ambiance qui, dès le départ, est pesante. Comme Thomas HARDY, elle place de petites phrases qui prendront tout leur sens quelques dizaines de pages plus loin.
« Mais les personnes présentes n’allaient pas manquer sous peu de se souvenir des réponses […] prononcées à voix basse… »
Elle décrit à la perfection comment de petites mesquineries et des croyances injustifiées peuvent mener à une hystérie collective.
Dans ce sens, le récit m’a fait penser au dernier livre de Jean Teulé (que je n’ai pas lu, je le précise) mais sans les descriptions morbides, juste dans la montée de la haine et de la méfiance jusqu’au passage à l’acte.
Après avoir découvert Elizabeth GASKELL sur un format court, je pense être d’autant plus avide maintenant de découvrir d’autres de ses oeuvres.