L’étrange disparition d’Esme Lennox par Maggie O’FARRELL (2006)

4ème de couverture : Entre l’Inde et l’Écosse, des années 1930 à nos jours, l’histoire déchirante d’une femme enfermée, rejetée de la société et oubliée des siens. Un roman d’une beauté troublante, où s’entremêlent des voix aussi profondes qu’élégantes pour évoquer le poids des conventions sociales et la complexité des liens familiaux, de l’amour à la trahison. A Édimbourg, l’asile de Cauldstone ferme ses portes. Après soixante ans d’enfermement, Esme Lennox va retrouver le monde extérieur. Avec comme seule guide Iris, sa petite-nièce, qui n’avait jamais entendu parler d’elle jusque-là. Pour quelle étrange raison Esme a-t-elle disparu de la mémoire familiale ? Quelle tragédie a pu conduire à son internement, à seize ans à peine ? Toutes ces années, les mêmes souvenirs ont hanté Esme : la douceur de son enfance en Inde, le choc de son arrivée en Écosse, le froid, les règles de la haute bourgeoisie et, soudain, l’exclusion… Comment sa propre sœur, Kitty, a-t-elle pu cacher son existence à ses proches? Et pourquoi Iris se reconnaît-elle tant dans Esme ? Peu à peu, de paroles confuses en pensées refoulées, vont ressurgir les terribles drames d’une vie volée…

A 16 ans, Esme Lennox est internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique. Au dehors, ses parents et sa soeur Kitty font une croix sur elle et la vie continue… sans Esme Lennox.
Soixante ans plus tard, alors que l’hôpital ferme ses portes et que l’administration cherche des solutions de relogement pour ses pensionnaires, Iris, la petite-nièce d’Esme, est contactée car elle est la seule famille qui lui reste. En effet, Kitty est atteinte de la maladie d’Alzheimer et n’est plus vraiment en phase avec le monde tel qu’il continue d’exister.
Du même coup, Iris va apprendre l’existence d’une grand-tante dont elle n’a jamais entendu parler et certains pans du passé de sa famille vont se dévoiler.
J’ai aimé ce roman, à tel point que la nuit qui a suivi ma lecture, j’ai rêvé que je reprenais mon livre et que je découvrais un chapitre qui m’avait échappé intitulé « Une quinzaine de jours plus tard ». 🙂
La trame narrative m’a beaucoup plu. Sans que le livre soit découpé en chapitres proprement dits, on navigue dans les pensées d’Iris, coincée avec « une vieille démente », les souvenirs d’Esme et ses réactions face au monde qu’elle découvre et les souvenirs, confus et précis à la fois, de Kitty qui se remémore ses jeunes années.
Je me suis laissée aller au gré de cette marée de sensations, de souvenirs souvent tristes. Esme est intrigante et le personnage d’Iris, en proie à ses propres démons, est également fascinant.
Ce roman a fait l’objet d’une lecture commune avec Cynthia, Jules et Liliba, je file voir ce qu’elles en ont pensé.

Seul le silence par Roger Jon ELLORY (2007)

4ème de couverture : Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient… Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu’il met en jeu.

La blogosphère a souvent raison et la preuve en est une nouvelle fois faite avec ce premier roman traduit en français de R.J. ELLORY.

Une lecture commune pour un livre pas si commun. Y ont participé Canel, Del, Liliba et Jules.

Dès les premiers mots, le ton est donné, une ambiance de désespoir, un sentiment de solitude parmi la multitude.

« Coups de feu, comme des os se cassant.
New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.
New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.
Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.
Peut-être à cause de tous les autres bruits.
Peut-être parce que personne n’écoutait.
Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.
Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.
La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.
C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Voilà, vous avez tout le prologue. Je n’ai pas réussi à me décider à en couper. A un moment du roman, Joseph Vaughan et un de ses amis discutent des premières phrases des romans et de leur importance. En voici un bel exemple, après une telle entrée en matière, j’étais déjà totalement conquise.

Bien sur, la suite aurait pu me décevoir. Elle aurait pu, mais fort heureusement, ça n’a pas été le cas.

Joseph grandit dans une petite ville de Géorgie. Tout au long de son enfance, un tueur d’enfants sévit et la personnalité entière de Joseph va être façonnée selon la perception qu’il a de ces crimes. Il ressent un fort sentiment de culpabilité comme s’il avait pu empêcher que ces horreurs ne se produisent et cette quête du tueur va le poursuivre sa vie durant. Enfant brillant et ayant un don certain pour l’écriture, il partira à l’aube de ses 20 ans pour New York où il espère se fondre dans l’anonymat qu’offre cette mégapole et ainsi oublier peut-être la ville d’Augusta Falls et les malheurs qu’il a subis.

« Peut-être cette idée fut-elle précipitée par mes lectures, par la prise de conscience qu’il y avait un monde au-delà d’Augusta Falls, un monde où l’étroitesse d’esprit, l’amertume et le ressentiment ne compteraient pas. L’anonymat m’attirait, l’anonymat d’une grande ville pleine de vie et de gens, si riche de bruit qu’un simple visage, une simple voix, se remarqueraient à peine. Peut-être cette idée était-elle ma manière de fuir tout ce qui s’était passé »

Le récit alterne entre ce que j’appelle la voix off, c’est-à-dire les pensées et souvenirs de Joseph adulte, à ce jour et les chapitres relatant son enfance, lorsque le narrateur n’a pas encore conscience de tous les évènements qui vont se dérouler.

R.J ELLORY tient ainsi son lecteur bien accroché puisque si nous connaissons une partie du dénouement, nous mourons d’envie de savoir comment il en est arrivé là. Les pages se tournent sans effort, la plume de l’auteur m’a ravie, elle est d’une rare efficacité, gardant un rythme soutenu mais sans être heurtée malgré tout.

Une ambiance oppressante et étouffante se met en place, empreinte d’une certaine inéluctabilité, et pourtant, à l’inverse du narrateur, nous gardons espoir.

Cependant, je n’ai pas été très surprise par la découverte de l’identité du tueur d’enfants, je l’avais deviné (enfin je m’en doutais) à peu près au premier tiers du livre. Et d’ailleurs, c’est ce que j’ai aimé aussi dans ce roman, le fait que l’auteur ne nous prenne pas pour des idiots, glisse des indices sur le tueur, ce qui m’a permis de me sentir impliquée.

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que je ne pense pas à évoquer maintenant, que j’ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman. Les deux suivants étaient déjà dans la LAL, ils vont bientôt passer dans la PAL.

« Je supposais que comme je n’avais plus de larmes en moi, le ciel pleurait à ma place. »

« Avec le recul, ma vie ressemblait à une série d’incidents reliés les uns aux autres. Comme une suite de wagons de marchandises qui auraient déraillé, chacun indépendant et pourtant rattaché au suivant. L’un des wagons avait quitté les rails – peut-être la mort de mon père – et à partir de là, tout avait rapidement, résolument, suivi. J’en étais venu à croire que j’étais prisonnier de ces wagons, et que si je ne me désengageais pas, je finirais par basculer dans le vide. »

Le bal des débris par Thierry JONQUET (1998)

4ème de couverture : Tout a changé dans la vie de Frédo, qui pousse des chariots dans un hôpital pour vieux, le jour où Alphonse Lepointre, plombier-zingueur dans le civil mais resté truand dans l’âme, a été admis aux urgences. Ensemble, ils décident de monter le coup de leur vie: c’est le soir du bal, le bal des débris, qu’ils vont soulager de ses diamants une riche pensionnaire, par ailleurs bien gardée…
Rebondissements, panique, prise d’otages: Jonquet met en scène une époustouflante course-poursuite au terme de laquelle les diamants sortiront bien de l’hôpital. Mais dans quelles conditions! Et pourquoi ?


A l’occasion d’une lecture commune avec Canel, Calypso et Val, j’ai enfin découvert la verve de Thierry JONQUET avec Le bal des débris.

Avec Frédo, notre narrateur, on rentre dans le vif du sujet : « Mon boulot, c’est de pousser des chariots. Depuis quatre ans que je travaille à l’hosto, j’ai dû faire des centaines de kilomètres avec mes chariots. Je suis un expert en chariots, de beaux chariots avec deux grosses roues à l’arrière et deux petites à l’avant. Dossier en skaï, frein à manette. C’est pas drôle de pousser des chariots, huit heures par jour. Des chariots vers le labo, des chariots vers la radio, des chariots vers les goguenots ! »

Il travaille donc dans un hôpital pour « vieux » et entre ses chariots la journée et sa femme syndicaliste à la maison le soir, sa vie n’est franchement pas folichonne. Jusqu’au jour où il rencontre « son » Lepointre, un patient un peu truand sur les bords. Ensemble, ils vont monter un coup afin de dérober les bijoux d’une vieille femme hospitalisée pour, je vous le donne en mille, fracture du col du fémur.Et cette opération se déroulera lors d’un bal costumé donné pour les résidents de l’hôpital, le fameux bal des débris.

Mais bien sur, tout ne se passe pas comme prévu….

D’un ton moqueur et jouissif, Thierry JONQUET nous dépeint des personnages pittoresques et hauts en couleur. La plume est enlevée, le propos incisif et c’est avec plaisir que j’ai suivi les multiples péripéties de Frédo, devenu gangster à la faveur d’une rencontre, un peu par hasard.

J’ai aimé cette peinture vivante, drôle, souvent cruelle, cette représentation sans complaisance d’un mouroir où les personnes âgées sont amenées « pour y crever », « la salle d’attente du cimetière ».

« Au beau milieu de ce cloaque, la présence du trésor me torturait. On ne pouvait faire mieux dans l’indécence.
Jamais comme ce jour-là, je n’ai autant haï l’hosto, jamais autant je n’ai vomi son odeur. […] L’odeur de l’hosto. Pas de l’hôpital, de l’hosto. De l’hosto à vieux. De la décharge à vieux. »

Heureusement, on sent parfois une vraie tendresse de Frédo envers ses « vieux » et cela compense légèrement le cynisme du propos.

« Tu danses lentement, en marchant seule dans cet immense couloir dont les portes s’ouvrent sur la mort. Tu tournes sur toi-même avec élégance, en faisant virevolter les manches amples de ta veste de Pierrot. Et de tes yeux coulent des larmes.
Dans ce couloir sinistre, tu t’éloignes de moi qui me cache contre le mur. Tu ne m’as pas vu, tu t’en vas comme un fantôme. Tu as disparu et je n’entends plus ta voix, Mme Clara. »

Cette lecture rentre aussi dans le cadre du Challenge 2 euros organisé par Cynthia. Cliquez sur le logo !

La pluie, avant qu’elle tombe par Jonathan COE (2007)

4ème de couverture : Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S’appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd’hui, l’histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l’enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d’inscrire l’intime dans l’Histoire, l’obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s’il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.

Voilà un livre que je ne regrette absolument pas d’avoir sorti de ma PAL ! Il a fait l’objet d’une lecture commune avec Manu, George Sand, Hathaway, Niki, Emilie, Soie et Karine 🙂 (je n’oublie personne ?), j’espère qu’il leur aura plu autant qu’à moi !

A la mort de sa tante Rosamond, Gill découvre des cassettes audio que cette dernière a enregistrées juste avant sa mort et qu’elle la charge, de façon posthume, de remettre à une certaine Imogen. Après quelques mois de recherches infructueuses, Gill et ses filles se décident à écouter les cassettes (ce que Rosamond avait préconisé si elle ne retrouvait pas Imogen). Elles entendent alors Rosamond égrener un récit en se basant sur 20 photos. Ces photos retracent tout un pan de l’histoire de Rosamond et en particulier sa relation à travers les années avec sa cousine germaine Beatrix.

J’ai trouvé l’histoire racontée ici très poignante, tout comme si c’était moi qui m’étais trouvée à la place de Gill et de ses filles à écouter ces bandes, ce témoignage venu d’outre-tombe. Mais paradoxalement, le récit est très vivant. Puisque Imogen est aveugle depuis l’âge de 3 ans et qu’elle n’avait que 7 ans la dernière fois que Rosamond l’a vue, cette dernière prend le temps de lui détailler précisément chaque photo et lui parle d’une manière très simple, exempte de fioritures. Cela m’a permis de me sentir entrer de plain-pied dans le roman et de ressentir une réelle empathie pour Rosamond ainsi que pour Gill, qui se fait la dépositaire de sa quête.

J’ai lu ce roman en moins de 2 jours et pourtant, j’ai continué à songer à Rosamond, Beatrix, Thea, Imogen ; à me demander ce qui aurait pu changer le cours des choses, à me questionner sur l’inéluctabilité de ces destins tragiques.

Un beau grand roman à mes yeux, qui n’est pas passé loin du coup de cœur (il lui a manqué 200 petites pages ^^).

« Ce récital […] ne représentait plus guère qu’un intermède, une interruption frustrante dans le cours du récit de Rosamond, une intrusion du présent à un moment où seul leur importait le passé, la révélation progressive d’une histoire familiale secrète et insoupçonnée. »

« Une nouvelle fois, elles entendent le souffle initial, et le bruit ambiant qui les informe qu’elles sont de retour dans le Shropshire, dans le bungalow de Rosamond, dans le salon où elle vit, cernée par les photos et les fantômes. Une toux préliminaire, raclement de gorge d’une vieille femme toute frêle, et le flot du récit reprend. »

« Il n’y a rien à dire, je crois, d’un bonheur qui ne comporte aucun défaut, aucune ombre, aucune tâche -si ce n’est la certitude qu’il aura une fin. »

« Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n’aurais pas du naître.
Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses.
Tu étais inévitable. »

Le démon et mademoiselle Prym par Paulo COELHO (2000)

4ème de couverture : L’homme est-il bon ou mauvais ? Entraînés par un mystérieux étranger, les habitants d’un petit village ont une semaine pour choisir entre le Bien et le Mal.

« Depuis ses origines, écrit Paulo Coelho, la race humaine est condamnée à se mouvoir dans l’éternelle Division entre les deux opposés. Et nous nous retrouvons ici et maintenant avec les mêmes doutes que nos ancêtres. Ce livre a pour objectif d’aborder ce thème en utilisant, à certains moments de son intrigue, des légendes qui l’illustrent. »

Une parabole sur le combat que se livrent en nous les ténèbres et la lumière, et une réflexion sur la liberté que nous avons, à chaque instant, de choisir notre chemin.

Je n’avais pas lu l’auteur depuis L’alchimiste et Le pélerin de Compostelle en 1996 je crois. Le premier m’a beaucoup marquée, au point que je me dégottai 2 galets pour pouvoir toujours prendre la bonne décision… Le second m’a beaucoup déçue, au point que je me débarrassai de mes galets…

Ce titre trainait dans ma PAL je ne sais trop pourquoi, récupéré je crois dans une des nombreuses bibliothèques de la maison de famille… Alors quand l’occasion s’est présentée de faire baisser ma PAL d’au moins une unité par une lecture commune avec GeishaNellie, je n’ai pas hésité une seconde !

Dans un petit village perdu, un étranger débarque un jour et fait une proposition plutôt alléchante aux yeux de ces paysans menant la vie dure : il leur donnera 10 lingots d’or si ils assassinnent quelqu’un avant la fin de la semaine. Chantal Prym que l’étranger a choisie comme messagère et qui rêve de quitter ce village va s’employer à déjouer les plans du démon qui motive les actes de l’étranger. Mais cette semaine réserve bien des surprises sur la nature humaine.

Ce petit conte n’est pas désagréable, c’est une jolie petite parabole mais mon instinct religieux n’est pas très développé. Et c’est même un euphémisme que de le présenter ainsi… 🙂

Alors forcément, je n’ai pas vraiment adhéré à ce texte. Ca se lit vite, ça fait appel aux bons sentiments, c’est manichéen, ça fait même triompher le Bien ! 😛 Mais ce n’est décidément pas fait pour moi… Le petit ange et le petit démon chuchotant à l’oreille d’un être devant décider de son destin, ce n’est plus ce qui me fait vibrer.

Si il ne m’a pas ennuyée (il n’en a pas eu le temps), ce petit roman m’a laissée froide.

Le lien maléfique par Anne RICE (1990)

4ème de couverture : Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair : Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer à San Francisco.

Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé le famille Mayfair. Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

Eté 1998 : la France est championne du monde (de foot, what else ?), l’été est chaud, je suis hospitalisée 2 semaines durant. Et pour passer le temps : de la broderie et… Anne RICE.

12 ans plus tard (oh My God, mais que le temps passe vite), la France va se vautrer en coupe du monde, l’été est improbable, je tente une relecture de mes amours d’antan, les sorcières Mayfair. Mais bien entendu, je ne suis pas seule dans ce flash-back, Karine 🙂 m’a fait le plaisir de m’accompagner (et je crois que ça lui a plu…).

Voici donc mon billet sur le 1er tome de la Saga des sorcières.

Sans rien avoir de comparable à ma frénésie de 1998 (durant laquelle j’ai dévalisé l’employeur actuel de Choco de ses romans de Anne RICE, vampires et sorcières), j’ai retrouvé avec un immense plaisir ce monde et cette ambiance si particuliers, d’autant plus qu’ayant une mémoire des histoires assez pauvre, je redécouvrais toute l’intrigue.

La 1ère partie, intitulée « Rencontre » met en place les personnages, alterne les points de vue de personnages extérieurs aussi bien que de protagonistes totalement impliqués, même si ils n’en sont pas encore conscients. L’auteure commence ainsi à suggérer les connexions et ce n’est pas plus mal car des connexions, il va y en avoir à foison. Le décor se met en place, toute une ambiance de grandes maisons sombres et étranges, d’évènements mystérieux et intrigants mais pas encore effrayants (mais ça viendra, n’ayez crainte).

La 2nde partie, qui s’appelle fort justement « Les sorcières Mayfair » (pourquoi faire compliqué ?), est la plus longue et également ma préférée. Au travers des dossiers du Talamasca, une organisation secrète qui se consacre à étudier les phénomènes occultes, le lecteur (dans mon cas, la lectrice sous le charme) remonte le fil de cette dynastie de sorcières Mayfair, leurs pratiques incestueuses fréquentes voire même habituelles, leur histoire habilement entremêlée à celle du Talamasca qui les suit depuis des siècles. On rencontre dans ce chapitre des dizaines de personnages aussi fascinants qu’inquiétants. C’est là qu’on voit apparaitre Lasher, l’esprit attaché à la famille Mayfair et qui se transmet (si j’ose dire) de mère en fille.

« Il n’était nulle part quand elle l’a invoqué. Il a pris forme à son appel. C’est-à-dire qu’avant cela il n’avait aucune conscience de lui-même. Il l’a eue à partir du moment où c’est elle qui a eu conscience de lui. Et il s’est renforcé quand cette conscience m’a été transmise. C’est compliqué. »

On pourrait s’attendre à un récit un peu désuet mais il n’en est rien, celui-ci s’inscrit au contraire dans une certaine modernité d’écriture et de pensée.

« Toutefois, Petyr Van Abel n’a jamais perdu de vue qu’il écrivait pour les archives et s’est toujours donné la peine de tout expliquer et clarifier à l’attention du lecteur non averti. »

Les dossiers du Talamasca s’arrêtent à l’arrivée de Rowan, la 13ème sorcière, qui a été éloignée de la maison familiale dès sa naissance afin de vaincre la malédiction.

Mais cette simple mesure ne suffira pas et Rowan reviendra prendre possession de la maison de First Street à la Nouvelle Orléans, de l’héritage et de tout ce qu’il implique.

A ce moment du récit, nous arrêtons de regarder vers le passé et nous entrons de plain-pied dans le présent, place à l’action ! Les deux dernières parties, beaucoup plus courtes que les premières, se révèlent riches en évènements et, avec la fin ouverte,  ouvrent grand la porte aux 2 tomes qui vont suivre ; tomes que je ne vais pas lire tout de suite, par manque de temps, mais que je relirai sous peu avec grande joie.

Au final, je êux dire que cette relecture 12 ans plus tard m’a procuré autant de plaisir que la 1ère fois même si j’ai été un chouia moins fascinée.

Le Prince des Marées par Pat CONROY (1986) – Import ancien blog

4ème de couverture : Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l’âge adulte. Parce qu’ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d’art, d’exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l’amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

Entre l’émotion et la vivifiante intelligence, « Le Prince des Marées » est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le cœur, un de ceux que l’on n’oublie jamais.

3ème livre du défi Blog-o-trésors et 2nd coup de cœur dans le cadre de ce challenge. Décidément, ce n’est pas pour rien que ce titre figurait dans la liste et qu’il est encensé par la blogosphère.

Cette lecture était une lecture commune avec Mango et j’espère qu’elle est aussi conquise que je l’ai été (à voir sous peu puisque Mango était elle aussi en retard pour cette lecture commune, et bien oui, pas facile de tenir des engagements de lecture, de publication de billets en période de fêtes… ).

Voici un roman noir, très noir mais paradoxalement l’amour y est toujours très présent.

Tom, Luke et Savannah naissent en Caroline du Sud dans la famille Wingo, « que le destin a mille fois éprouvée et laissée sans défense, humiliée, déshonorée ». A l’approche de la quarantaine, la énième tentative de suicide de Savannah sera l’occasion pour Tom, sous couvert d’aider la psy de sa sœur à mieux la comprendre, de revenir sur une enfance qui n’a pas été aussi idyllique que le présente la 4ème de couverture.

Suivant le déroulement de ses souvenirs, Tom revient sur les facteurs qui ont influencé leur épanouissement au point de faire de Savannah « une poétesse doublée d’une psychotique », de lui un homme fuyant « cette tranche amère et monstrueuse d’américanité qu’était l’échec de [sa] vie » et de Luke « le prince des marées ».

L’ambition de leur mère qui « désirait être une femme avec qui l’on doit compter, une femme qui tient les premiers rôles », le passé de leur père, « son enfance avait été un désastre licite de négligence », et jusqu’au simple fait d’avoir grandi dans le Sud, « la vie sudiste est une condamnation à mort », ont contribué à cette destinée qui apparait au fil des pages comme étant inexorable.

Des personnages d’une profondeur rare, extrêmement fouillés, un récit sans temps mort malgré le millier de pages écrites, une émotion latente à chaque page, à chaque phrase –ainsi que malgré tout un très bel hommage au Sud, « le Sud exige trop de renoncement à ce que l’on est vraiment pour envisager d’y vivre »– ; il n’en fallait pas plus pour que je tombe sous le charme de ce roman dont j’ai relu plusieurs fois le dernier chapitre (signe qui ne trompe pas) et qui m’a hantée pendant plusieurs jours après l’avoir refermé.

« Un kyste gênant s’était greffé aux vies américaines que nous menions, une harmonie complexe qui serait sollicitée le jour où le monde perdrait le contrôle de sa propre course et où les étoiles s’aligneraient en fabuleuses formes bestiales, conspireraient pour prendre ma famille au piège des eaux tranquilles de notre fleuve et nous découperaient en morceaux pour servir d’appâts. »