Du bout des doigts par Sarah WATERS (2002)

4ème de couverture : Londres, 1862. A la veille de ses dix-huit ans, Sue Trinder, l’orpheline de Lant Street, le quartier des voleurs et des receleurs, se voit proposer par un élégant, surnommé Gentleman, d’escroquer une riche héritière. Orpheline elle aussi, cette dernière est élevée dans un lugubre manoir par son oncle, collectionneur de livres d’un genre tout particulier. Enveloppée par une atmosphère saturée de mystère et de passions souterraines, Sue devra déjouer les complots les plus délicieusement cruels, afin de devenir, avec le concours de la belle demoiselle de Briar, une légende parmi les cercles interlopes de la bibliophilie érotique. Héritière moderne de Dickens, mais aussi de Sapho et des Libertins, Sarah Waters nous offre une vision clandestine de l’Angleterre victorienne, un envers du décor où les héroïnes, de mariages secrets en amours interdites, ne se conduisent jamais comme on l’attendrait. Un roman décadent et virtuose.

 

Je viens de lire un roman tout à fait machiavélique ! 750 pages avalées en 5 longs jours ; longs parce que les « pauses » obligatoires pour aller travailler, manger ou dormir entre deux moments de lecture m’ont rarement paru aussi longues. Il me tardait même d’être au lendemain matin pour reprendre mon livre, c’est dire !

Élevée dans un repaire de voleurs et petite voleuse elle-même, Sue participe à un coup monté afin de faire main basse sur la fortune d’une jeune héritière orpheline vivant avec son oncle. Pour cela, elle se fait passer pour une femme de chambre et obtient ainsi son ticket d’entrée pour le château de Briar. Mais une fois dans la place, tout ne va pas se dérouler comme prévu.

Le récit est découpé en 3 parties et à la fin de la 1ère partie, je n’ai pu retenir un « Non ?!? » de surprise. Sarah WATERS s‘y entend pour noyer son lecteur dans une atmosphère sombre, dangereuse et parfois lugubre. Elle dépeint aussi bien les bas-fonds de Londres au XIXème siècle que la vie dans un château ou les conditions de vie dans un asile psychiatrique. Tous les lieux traversés dans ces pages paraissent aussi peu rassurants les uns que les autres et j’ai frissonné plus d’une fois devant les épreuves que Sue ou Maud, la jeune châtelaine, doivent affronter.

Un roman haletant qui fut pour moi un véritable coup de cœur !

Je remercie Yoshi73 car c’est grâce à une lecture commune que j’ai enfin pu faire sortir ce roman de ma PAL et je vais de ce pas lire son avis !

Le treizième conte par Diane SETTERFIELD (2006)

4ème de couverture : Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd’hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l’imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité…

Offert par Laetitia la liseuse à l’occasion du Victorian Christmas Swap fin 2008 (pfiou que le temps file !), on peut dire que ce titre aura séjourné un long moment dans ma PAL ! Mais mieux vaut tard que jamais car ce roman qui a suscité un tel engouement sur la blogosphère a été pour moi un véritable coup de cœur. Comment aurait-il pu ne pas l’être ?

Des récits enchâssés, des histoires de gémellité, des livres, des secrets de famille, une ambiance mystérieuse et romanesque à souhait, j’ai eu du mal à lâcher ce livre quand il le fallait. On en rigole souvent mais les dernières pages m’ont tout de même fait rater ma station de métro (avec comme conséquence d’arriver 2 minutes avant la fermeture de la garderie hum hum), et j’ai lu le dernier chapitre debout dans ma cuisine en préparant des cordons bleus (à défaut d’en être un, j’en fais cuire :-P).

Pour son premier roman, Diane SETTERFIELD maitrise parfaitement les codes des romans victoriens que son héroïne affectionne. Nous en retrouvons tous les éléments : le mystère, le climat impitoyable, la lande, la folie.Les références littéraires sont fréquentes et nombreuses, notamment à Jane Eyre et j’ai maintenant une furieuse envie de le relire…

Beaucoup d’émotion se dégage de ces pages et je recommande chaudement la lecture de ce roman aux (rares) personnes qui ne l’ont pas encore lu !

La pluie, avant qu’elle tombe par Jonathan COE (2007)

4ème de couverture : Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S’appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd’hui, l’histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l’enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d’inscrire l’intime dans l’Histoire, l’obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s’il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.

Voilà un livre que je ne regrette absolument pas d’avoir sorti de ma PAL ! Il a fait l’objet d’une lecture commune avec Manu, George Sand, Hathaway, Niki, Emilie, Soie et Karine 🙂 (je n’oublie personne ?), j’espère qu’il leur aura plu autant qu’à moi !

A la mort de sa tante Rosamond, Gill découvre des cassettes audio que cette dernière a enregistrées juste avant sa mort et qu’elle la charge, de façon posthume, de remettre à une certaine Imogen. Après quelques mois de recherches infructueuses, Gill et ses filles se décident à écouter les cassettes (ce que Rosamond avait préconisé si elle ne retrouvait pas Imogen). Elles entendent alors Rosamond égrener un récit en se basant sur 20 photos. Ces photos retracent tout un pan de l’histoire de Rosamond et en particulier sa relation à travers les années avec sa cousine germaine Beatrix.

J’ai trouvé l’histoire racontée ici très poignante, tout comme si c’était moi qui m’étais trouvée à la place de Gill et de ses filles à écouter ces bandes, ce témoignage venu d’outre-tombe. Mais paradoxalement, le récit est très vivant. Puisque Imogen est aveugle depuis l’âge de 3 ans et qu’elle n’avait que 7 ans la dernière fois que Rosamond l’a vue, cette dernière prend le temps de lui détailler précisément chaque photo et lui parle d’une manière très simple, exempte de fioritures. Cela m’a permis de me sentir entrer de plain-pied dans le roman et de ressentir une réelle empathie pour Rosamond ainsi que pour Gill, qui se fait la dépositaire de sa quête.

J’ai lu ce roman en moins de 2 jours et pourtant, j’ai continué à songer à Rosamond, Beatrix, Thea, Imogen ; à me demander ce qui aurait pu changer le cours des choses, à me questionner sur l’inéluctabilité de ces destins tragiques.

Un beau grand roman à mes yeux, qui n’est pas passé loin du coup de cœur (il lui a manqué 200 petites pages ^^).

« Ce récital […] ne représentait plus guère qu’un intermède, une interruption frustrante dans le cours du récit de Rosamond, une intrusion du présent à un moment où seul leur importait le passé, la révélation progressive d’une histoire familiale secrète et insoupçonnée. »

« Une nouvelle fois, elles entendent le souffle initial, et le bruit ambiant qui les informe qu’elles sont de retour dans le Shropshire, dans le bungalow de Rosamond, dans le salon où elle vit, cernée par les photos et les fantômes. Une toux préliminaire, raclement de gorge d’une vieille femme toute frêle, et le flot du récit reprend. »

« Il n’y a rien à dire, je crois, d’un bonheur qui ne comporte aucun défaut, aucune ombre, aucune tâche -si ce n’est la certitude qu’il aura une fin. »

« Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n’aurais pas du naître.
Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses.
Tu étais inévitable. »

La dame en blanc par Wilkie COLLINS (2001)

4ème de couverture : Dans la fournaise de l’été, en ce milieu du XIX° siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s’apprête à quitter Londres pour enseigner l’aquarelle à deux jeunes filles de l’aristocratie, dans le Cumberland. Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger…Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n’apaise pas le jeune William autant qu’il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets,et lorsque resurgit la mystérieuse dame en blanc, il est bien difficile d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un présage funeste..

A force de lire ses louanges sur la blogosphère, il fallait bien que je découvre Wilkie COLLINS. L’occasion m’en a été fournie par Manu qui m’a gentiment prêté son livre. Merci beaucoup car j’ai été conquise par ce roman.

Dès les 1ères pages, j’ai baigné dans cette ambiance vaporeuse propre au XIXème siècle, où l’on se fait porter des billets, où l’on se promène longuement, où chaque action a une motivation romanesque.

Mais bien entendu, il n’y a pas que cela. L’intrigue et les rebondissements multiples ont su me tenir en haleine du début à la fin. Le changement de narrateur à chaque partie permet un récit chronologique et une vision circulaire de toute la période concernée dans le roman. La boucle se referme lors de la dernière partie lorsque nous retrouvons Walter Hartright, narrateur de la première partie et c’est à ce moment que le lecteur pourra enfin percer le mystère qu’il a touché du doigt pendant toutes ces pages.

Ce fut une bien belle découverte qui débouchera sur d’autres belles lectures, je l’espère !

Orages ordinaires par William BOYD (2009)

4ème de couverture : Par un pur hasard, Adam Kindred, jeune climatologue spécialiste des nuages, se retrouve dépouillé en quelques heures de tout ce qu’il tenait pour acquis: sa carrière, sa réputation, ses cartes de crédit, son passeport, son portable, et même ses vêtements, soit tous les signes extérieurs de son identité humaine. Une succession de terrifiantes coïncidences fait de lui l’auteur tout désigné d’un meurtre. Police et tueur à gages lancés à ses trousses, sa seule issue est d’entrer dans la clandestinité et de rejoindre la multitude de ces disparus qui hantent les grandes capitales mais demeurent indétectables sous les rayons inquisiteurs des radars sociaux. Entre ses poursuivants multiformes et insaisissables et ses frères en misère, Adam fait l’apprentissage cruel et fascinant de l’art de la survie à l’intérieur d’un Londres hors normes, peuplé de personnages forts inventifs face aux vicissitudes existentielles. En opérant – grâce à la chance et à l’amour – sa remontée à la surface du monde dit civilisé, Adam regagne l’espoir de redevenir lui-même et d’en finir avec cette vie en fuite orchestrée de main de maître par un auteur qui, lui, n’a rien laissé au hasard.

Orages ordinaires ou comment un jeune homme choisit de perdre son identité pour continuer à vivre. Orages ordinaires ou la vie misérable d’une mère célibataire dans les quartiers pauvres de Londres. Orages ordinaires ou comment l’élaboration d’un médicament contre l’asthme peut être surtout une affaire de gros sous. Orages ordinaires ou découvrons ensemble comment Jésus-Christ n’était qu’un imposteur qui a spolié notre véritable sauveur John-Christ (j’avoue que cette partie-là m’a fait frissonner de plaisir :-P). Orages ordinaires ou l’art de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment et une fois qu’on est au fond du trou de rencontrer les bonnes personnes.

Vous l’aurez compris, ce roman est dense et explore bien au delà du simple postulat de base. William BOYD nous offre une promenade dans Londres qui est tout sauf touristique, touche du doigt les meilleurs aspects de la ville (et de l’homme) aussi bien que ses pires dessous.. Ses personnages ne sont ni bons, ni mauvais, ils sont juste eux.

A noter la très belle couverture que l’on doit à Michael Kenna, mis à l’honneur il y a peu de temps chez Mango.

« C’est comme ça qu’on disparait au vingt et unième siècle – on refuse simplement d’y participer. »

« Seul Londres était suffisamment grand et sans cœur pour contenir ces multitudes perdues, la population volatilisée du Royaume-Uni – seul Londres pouvait les absorber sans le moindre scrupule, sans la moindre hésitation. »

Emma par Jane AUSTEN (1816)

4ème de couverture : Emma est la plus française des héroïnes de Jane Austen (1775-1817), qui, à juste titre, craignait que personne ne puisse l’aimer. Elle est en effet aussi peu anglaise qu’une jeune fille intelligente, élégante, ironique et soucieuse des formes peut se permettre d’être. Emma aime l’intrigue et ignore la passion, elle est romanesque. Mais, à la différence de Mariane ou de Catherine, héroïnes respectives de Raison et sentiments et de Northanger Abbey, elle est romanesque intellectuellement et non émotivement. Et c’est en cela qu’elle est la rivale de son auteur.

Ça y est, j’ai maintenant terminé ma lecture de l’œuvre « achevée » de Jane AUSTEN. J’ai quand même eu un petit pincement au cœur mais je me console en pensant à sa biographie que je vais enfin pouvoir lire. Oui les biographies d’écrivains, c’est une passion récemment développée depuis ma lecture de la bio de Balzac par Zweig.

Pour en revenir à Emma, j’ai pris un immense plaisir à cette lecture.

Emma, une jeune fille « belle, intelligente, riche, dotée d’un heureux caractère et pourvue d’une très confortable demeure », n’aspire qu’à passer une vie tranquille auprès de son père malade et vieillissant, et entourée de ses amis. Mais l’esprit vif d’Emma ne dédaigne pas une pointe de piquant et si elle ne désire pas se marier, elle prend un plaisir certain à imaginer les mariages de ses proches. Elle s’entiche notamment d’une jeune fille, Harriett Smith, dont elle va tenter de faire le bonheur. Cependant, Emma interprète parfois mal les signaux et attitudes et ne voit pas toujours juste…

J’ai trouvé le caractère d’Emma tout à fait équilibré, elle présente la fougue de la jeunesse et à la fois une capacité de réflexion et de remise en question très appréciable. De cette manière, nous évitons dans ce roman le spectacle des affres de la passion ou plutôt nous y assistons de loin chez les personnages secondaires. En effet, Emma est dotée d’une faculté de raisonnement qui la pousse à analyser ses propres sentiments, ce qu’elle fait d’ailleurs bien mieux que d’analyser ceux des autres.

Il y a dans ce roman, comme à chaque fois avec Jane AUSTEN, toute une galerie de seconds rôles tout à fait intéressants et honorables. J’ai particulièrement apprécié les dialogues de Miss Bates qui offrent à la romancière l’opportunité de présenter une scène de manière vivante et légère.

Comme vous vous en doutez, et même si l’intrigue ne m’a surprise en rien, je suis tombée sous le charme d’Emma, avec une mention particulière pour Mr Knightley qui, s’il n’égale pas Mr Darcy, se sort tout à fait honorablement de cette comparaison… 😀

Northanger Abbey par Jane AUSTEN (1816)

4ème de couverture : Jane AUSTEN jugeait désuet l’engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliffe et les abbayes en ruine du préromantisme anglais.

Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austénien du mariage et très moderne du « double jeu « .

J’ai peu de temps à moi en ce moment mais ça devrait aller un peu mieux d’ici une semaine. Alors je passe en coup de vent poster mon billet sur Northanger Abbey, savouré dans le cadre d’une lecture commune avec Ys, Karine 🙂, Kitty et Mara. Et maintenant, il ne me reste malheureusement plus qu’un seul roman entier de Miss Austen à lire (oui parce que j’ai emprunté à la bibliothèque Sanditon, terminé par « une autre dame », on verra bien ce que ça donne).

Je crois qu’Ys le lisait en VO (que j’envie les gens capables de lire en anglais !) et j’espère que sa lecture aura été aussi agréable que la mienne.

Je peux dire sans aucune hésitation que c’est à ce jour mon œuvre préférée de Jane AUSTEN sur celles que j’ai lues. Ce n’est pas l’œuvre qui m’a le plus transportée, cet honneur va bien entendu être conservé par Orgueil & Préjugés et la présence en ses pages de Mr Darcy, miam.

Revenons-en à Northanger Abbey.

Il m’a semblé que Jane AUSTEN se montrait plus à découvert dans ce roman, que les moqueries subtiles et les traits d’esprit étaient bien plus apparents. Pour preuve, j’ai émis de très nombreux « hihi » durant ma lecture.

D’autre part, l’auteure intervient souvent dans son récit pour nous en indiquer les ficelles, la direction qu’elle va suivre.

Quant aux personnages, ils m’ont bien sur éminemment plu. De la chasseuse de beaux partis à la naïve et simple jeune fille honnête, en passant par la femme mûre superficielle ou encore le jeune homme plein d’esprit, ils sont tous magnifiquement rendus et extrêmement vivants sous la plume de Jane AUSTEN.

Dans Northanger Abbey, l’héroïne désignée du roman est Catherine Morland, une toute jeune fille de caractère plutôt simple qui n’a connu que la campagne et les romans gothiques, auxquels elle voue une véritable admiration, lorsqu’elle a l’occasion d’aller passer quelques semaines à Bath avec des amis de sa famille.

Là, elle va découvrir les joies de la vie mondaine et rencontrer toutes sortes de gens, dont Henry Tilney, un agréable jeune homme plein d’humour dont elle tombe –bien entendu- amoureuse. Dans sa grande naïveté, Catherine ne discerne pas les doubles discours en usage à cette époque et dans ce contexte mondain, et interprète au 1er degré tout ce qui lui est dit.

Cette attitude donne lieu à de petites scènes très drôles, notamment celles où apparait Isabelle Thorpe, une amie de Catherine, qui a l’art de dire le contraire de ce qu’elle pense ou ressent, cela afin de se donner une image vertueuse.

J’ai beaucoup apprécié aussi, même si je ne les ai pas entièrement saisies, les nombreuses références au roman gothique, genre très en vogue à cette époque, dont Jane AUSTEN parsème son récit. L’arrivée de Catherine à Northanger Abbey en est d’ailleurs une parodie très réussie.

Et bien sur, maintenant, je n’ai qu’une envie, c’est de lire urgemment Les mystères d’Udolphe écrit par Ann Radcliffe.

Persuasion par Jane AUSTEN (1818)

4ème de couverture : « Sous le vernis d’un genre, chacune des phrases de Jane Austen attaque les conventions, traque les ridicules, et finit avec une grâce exquise par pulvériser la morale bourgeoise, sans avoir l’air d’y toucher. Les héroïnes de Jane Austen lui ressemblent, elles aiment les potins mais détestent bavardages, grossièreté et vulgarité. La pudeur, le tact, la discrétion, l’humour sont les seules convenances qu’elles reconnaissent… Et si Jane Austen mène les jeunes filles au mariage, c’est fortes d’une telle indépendance qu’il faut souhaiter au mari d’être à la hauteur ! A lire yeux baissés et genoux serrés pour goûter en secret le délicieux plaisir de la transgression des interdits. »
Anne Barbe, Libération 1980

J’ai sorti ce livre de ma PAL dans le cadre d’une lecture commune avec Bladelor, Hermione, Laetitia la liseuse et AustenGirl.

Et comme de bien entendu, ce fut un véritable plaisir de retrouver la plume de Jane AUSTEN (plus que 2 à lire ).

Dans mon classement Austenien purement personnel et donc entièrement subjectif, cette œuvre vient se placer directement derrière Orgueil et Préjugés mais juste à peine derrière, limite si il ne se place pas à côté…

Nous avons de nouveau droit à une belle galerie de personnages truculents : le baronnet désargenté pour lequel ne comptent que l’apparence physique et les titres de noblesse et ses 3 filles, Elizabeth, l’aînée qui lui ressemble en touts points, Anne qui est posée et raisonnable mais à la limite de l’objet décoratif et Mary, la benjamine, la seule mariée, égoïste et geignarde.

Le récit s’attache ici à Anne. A 19 ans, elle a refusé une demande en mariage d’un homme qu’elle aimait car il n’était pas de son niveau social et elle s’est laissée persuader de l’abandonner.

Huit ans et demi plus tard, alors que le physique d’Anne s’est terni à l’image de la vie qui lui est promise, les circonstances remettent les anciens fiancés en présence l’un de l’autre.

Les sentiments d’Anne n’ont pas changé d’un iota mais qu’en est-il de ceux du capitaine Wentworth ?

J’ai vraiment raffolé de ce roman, de l’histoire, des personnages toujours aussi bien dépeints, à la limite parfois de la caricature mais justement sans jamais verser dans ce travers…

Beaucoup de dialogues délicieusement cocasses, d’autres finement moqueurs, Jane AUSTEN a la plume acérée et sait pointer les pires défauts de la société de cette époque.

Je n’ai pas remarqué dans ceux de ses autres romans que j’ai lus si c’était déjà le cas mais Jane AUSTEN utilise beaucoup le discours indirect libre (ahlala j’ai fait d’énormes efforts de mémoire pour retrouver le nom grammatical du style de récit, merci Google également).

Exemple : « Il était même sûr de n’avoir jamais vu son égale. Certes, il devait reconnaître… qu’il n’avait été constant qu’inconsciemment, et même, malgré lui ; qu’il avait voulu, qu’il avait cru l’oublier. »

Bref, un sans-faute pour l’instant pour Mlle AUSTEN. Je me console en me disant qu’il me reste encore à lire Emma et Northanger Abbey, et à voir un coffret de 4 adaptations des œuvres de Jane AUSTEN (sortie le 21 octobre, j’ai hâte !!!)

La sorcière de Salem par Elizabeth GASKELL (1861)

Présentation de l’oeuvre par l’éditeur : La sorcière de Salem (Loïs, the witch) est la description de la paranoïa implacable d’une petite ville. Nous sommes en 1691 et Loïs Barclay arrive à Salem pour rejoindre un oncle — elle vient de perdre sa mère et son père et a donc quitté son Angleterre natale. Elle se retrouve seule et isolée dans cette Nouvelle-Angleterre où va avoir lieu l’un des épisodes les plus tragiques de la toute jeune Amérique, celui des Sorcières de Salem, qui marquera pour longtemps la conscience collective.
En s’appuyant sur des faits historiques, comptes rendus des procès et suites de l’affaire, Elizabeth Gaskell parvient à rendre magistralement la montée du péril, l’atmosphère de délation et de haine, la folie collective qui vont broyer à jamais des êtres de chair et de sang.
Il est permis de penser que le destin de Loïs Barclay nous touche d’autant plus qu’Elizabeth Gaskell a mis beaucoup d’elle-même dans ce personnage d’orpheline perdue dans un milieu hostile. Son sens de la justice et de la responsabilité va de pair avec sa faculté de communiquer l’émotion face à l’innocence bafouée et à la folie des hommes.

Voici le maillon de la Chaîne des Livres choisi par Isil.
J’avais très envie de découvrir Elizabeth GASKELL et j’avais noté à plusieurs reprises le titre Femmes et Filles. Mais là, avec un court roman qui de toute façon, allait arriver chez moi, l’occasion était toute trouvée !
Et bien sur, j’ai beaucoup aimé ! Bon juste après Tess d’Urberville, ça fait un peu beaucoup à la suite de jeunes femmes au destin tragique mais qu’importe…
Déjà la qualité de l’édition, un régal ! Les feuilles plus carrées que rectangulaires, la découpe savamment irrégulière, la reliure cousue, magnifique j’adore. Je l’ai lu chez moi pour ne pas avoir à la transporter dans mon sac et prendre ainsi le risque de l’abimer.
Elizabeth GASKELL arrive à dépeindre une ambiance qui, dès le départ, est pesante. Comme Thomas HARDY, elle place de petites phrases qui prendront tout leur sens quelques dizaines de pages plus loin.
« Mais les personnes présentes n’allaient pas manquer sous peu de se souvenir des réponses […] prononcées à voix basse… »
Elle décrit à la perfection comment de petites mesquineries et des croyances injustifiées peuvent mener à une hystérie collective.
Dans ce sens, le récit m’a fait penser au dernier livre de Jean Teulé (que je n’ai pas lu, je le précise) mais sans les descriptions morbides, juste dans la montée de la haine et de la méfiance jusqu’au passage à l’acte.
Après avoir découvert Elizabeth GASKELL sur un format court, je pense être d’autant plus avide maintenant de découvrir d’autres de ses oeuvres.

Tess d’Urberville par Thomas HARDY (1891)

4ème de couverture :  Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d’Urberville, un de ses jeunes maîtres. L’enfant qu’elle met au monde meurt en naissant.

Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c’est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance.

Voici un « classique » qui trainait dans ma PAL depuis mes achats compulsifs d’avant l’été (surtout ne me laissez jamais en présence à la fois  d’un ordinateur, d’une connexion Internet ET d’une carte bleue…).

Anjelica en a proposé une lecture commune, Karine s’est jointe à nous, et ça a été l’occasion pour moi de découvrir enfin ce roman.

J’ai beaucoup apprécié le style de Thomas Hardy, ses descriptions foisonnantes et vivantes, la construction cohérente et structurée de son roman (forcément puisqu’il a été écrit sous forme de feuilleton à l’origine).

Je me suis beaucoup attachée au personnage de Tess, malheureuse victime de son apparence physique qui ne correspond pas à son âge, des moeurs de l’époque, de l’inconséquence de ses parents et de l’égoïsme et la fierté des hommes.

Cependant, ce récit m’a été plutôt pénible à lire par moments car sans nous plonger dans une ambiance noire, Thomas HARDY s’y entend pour ne pas laisser percer de lueur d’espoir.  A chaque moment où j’ai pu me dire que le destin de Tess pourrait ne pas être si terrible que le laissait entendre la 4ème de couverture (d’ailleurs, d’habitude je ne les lis pas avant de commencer un livre, je ne sais pas ce qui m’a pris), l’auteur m’a remis les pieds sur terre par de petites phrases bien senties.

« De longtemps, Tess n’avait été aussi heureuse ; peut-être ne devait-elle jamais l’être à ce point ! »

Le côté désespéré, pessimiste de l’histoire de Tess m’a fait penser parfois à Les Hauts de Hurlevent mais en moins intense.

Au final, ce roman aura représenté un grand plaisir de lecture, une lecture dont je ne suis pas ressortie aussi éblouie que je l’avais pensé mais qui m’a largement satisfaite. Je susi maintenant pressée de voir le film de Polanski car je n’ai nul doute qu’il aura su rendre à merveille la beauté tragique de cette histoire.